Ignorance ou maladresse ?

Ignorance ou maladresse, Monsieur le Ministre ?

Polémique au gouvernement Lecornu II

Quand le nouveau ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, associe l’autisme à l’ignorance, le 15 octobre 2025…

Jean-Pierre Farandou et les autistesEn France, la politique semble parfois se résumer à un jeu d’équilibristes sur un fil tendu entre crises institutionnelles et dérapages verbaux. À peine une semaine après l’annonce du gouvernement Lecornu II, voilà que le nouveau ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, fait déjà les gros titres pour une phrase maladroite qui a enflammé les réseaux sociaux et les associations.

« On n’est pas sourds, on n’est pas autistes,
on voit bien qu’elle passe mal cette réforme »

a-t-il lancé mardi soir au JT de 20 heures de France 2, en défendant la suspension de la réforme des retraites. Des mots qui, bien que présentés comme une métaphore pour souligner l’écoute du gouvernement, ont été perçus comme un affront direct aux personnes autistes et sourdes.
Pire : ils illustrent un mal plus profond, celui de parler de sujets complexes sans en maîtriser les enjeux, au risque de blesser profondément.



Le gouvernement Lecornu II : une renomination express après un fiasco

Pour comprendre ce contexte explosif, remontons au début de cette saga politique. Sébastien Lecornu, 39 ans, figure montante de la macronie et ancien ministre des Armées, est nommé Premier ministre le 9 septembre 2025, après l’échec de la confiance accordée au gouvernement Bayrou. Mais le 5 octobre, il présente sa démission et celle de son équipe, à peine 14 heures après l’annonce de la composition initiale.
La raison ? Un manque de soutiens parlementaires, avec des tractations avortées entre partis et une Assemblée nationale fragmentée qui menace de censure. Quatre jours plus tard, le 10 octobre, Emmanuel Macron reconduit Lecornu à Matignon, dans un décret qui sonne comme un « annule et remplace ».
Le gouvernement Lecornu II, officialisé le 12 octobre, compte 34 ministres et délégués – un casting hybride de 12 reconductions (comme Gérald Darmanin à la Justice ou Jean-Noël Barrot aux Affaires étrangères), de retours d’anciens macronistes (Laurent Nuñez à l’Intérieur, Benjamin Haddad pour l’Europe) et de nouveaux visages pour élargir la base.



Parmi les changements notables : Catherine Vautrin passe du Travail aux Armées, laissant sa place à Jean-Pierre Farandou, ex-PDG de la SNCF réputé pour son sens du dialogue social.
La mission affichée ? « Donner un budget à la France avant la fin de 2025″, avec une déclaration de politique générale prononcée le 14 octobre et des motions de censure déjà déposées par La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN).
Un gouvernement « de mission », dixit Lecornu, mais qui peine déjà à stabiliser le navire dans un océan de tensions.

Les propos de Farandou : une maladresse qui révèle un validisme latent

Invité pour sa première grande interview télévisée, Jean-Pierre Farandou, 68 ans, technicien chevronné passé par les rangs de la SNCF depuis 1981, défend la suspension de la réforme des retraites jusqu’en 2028 – une concession arrachée aux socialistes pour éviter la censure.



« Le problème avec notre système par répartition, c’est que les actifs payent pour les retraités […] il y a de plus en plus de retraités et de moins en moins d’actifs, donc il faut qu’on travaille plus », argue-t-il, avant d’ajouter : « Mais on n’est pas sourds, on n’est pas autistes : on voit bien qu’elle passe mal, cette réforme. »
La phrase tombe comme un couperet. Utiliser le mot « autiste » comme synonyme d’aveuglement ou d’incompréhension n’est pas une simple gaffe linguistique : c’est du validisme pur, cette forme de discrimination qui minimise les handicaps en les réduisant à des métaphores péjoratives.
Les personnes autistes, estimées à plus d’un million en France, ne manquent pas d’empathie ou de perception ; au contraire, elles naviguent souvent dans un monde neurotypique qui les ignore ou les stigmatise.
Ajouter « sourds » à l’équation double la peine, touchant 5,4 millions de personnes concernées par la surdité. Et pour couronner le tout, cette sortie s’est produite en direct face à Léa Salamé, la présentatrice vedette du JT de France 2.



Ce n’est pas Léa Salamé, pseudo-journaliste qui n’y connaît rien en journalisme véritable et qui n’est là que pour servir la future élection (ou pas) de son mari Raphaël Glucksmann, qui allait reprendre le ministre sur le vif. En effet, la star du service public, souvent accusée de partialité en raison de ses liens personnels avec la sphère politique de gauche, a laissé filer la bourde sans un sourcillement, perpétuant ainsi un silence complice qui dessert l’éthique journalistique.

Les réactions : un ras-le-bol collectif face à l’ignorance

Sur X (ex-Twitter), l’indignation fuse en temps réel.
« Être autiste n’est pas une incapacité à comprendre les choses. C’est une particularité neurodéveloppementale, pas un défaut d’intelligence ou d’empathie », tweete la députée écologiste Marie-Charlotte Garin.
Le Collectif Handicaps, regroupant 54 associations, réagit : « Ce serait bien effectivement que le ministre des Solidarités évite d’utiliser le terme autiste à tort et à travers. »
Florian Deygas, de l’Association APF France handicap, dénonce un « mépris qui schématise l’incompréhension » en la liant au handicap.
Les autistes et leurs familles en ont marre. Marre d’être utilisés comme punchline pour illustrer l’aveuglement des puissants. Marre que des ministres, censés incarner la solidarité, parlent de sujets qu’ils ignorent, perpétuant des clichés qui isolent et excluent.
Comme le pointe Sébastien Peytavie, député Génération.s : « L’autisme n’est ni un défaut ni une insulte. Les mots comptent, surtout quand ils viennent d’un ministre des Solidarités. »
Et sur les forums comme Reddit ou dans les groupes militants, le sentiment est unanime : « C’est l’ignorance qui blesse le plus, pas l’intention. »



Ce dérapage n’est pas isolé ; il reflète une tendance plus large où les politiques, pressés par l’actualité, balancent des formules sans filtre, au détriment des vulnérables.
Les ministres sont-ils ignorants à ce point ? Rappelons-nous les propos honteux de Luc Ferry en début d’année, traitant les autistes Asperger de « barjots » !

Des excuses sincères… mais est-ce suffisant ?

Face au tollé, Farandou réagit dans la nuit : « En utilisant le terme d’autiste, mes propos ont blessé et ce n’était pas mon intention. J’en suis sincèrement désolé et je présente mes excuses. » Un mea culpa posté sur X, qui a récolté des milliers de vues mais aussi des critiques.
Il a insulté des millions de gens. Ces excuses sont un premier pas, mais elles soulignent l’urgence d’une formation accrue pour les responsables publics. Un ministre du Travail et des Solidarités doit non seulement dialoguer sur les retraites, mais aussi promouvoir l’inclusion réelle – par des politiques concrètes contre la discrimination à l’emploi, où le taux de chômage des autistes avoisine les 80 %.

Le pompon avec la grande Léa Salamé

Vous avez sûrement vu ou entendu parler de ses interviews catastrophiques, comme celle de la pauvre Marion Cotillard, qui, elle, a été formidable…
Avec les grosses bourdes que fait cette gourde de Léa Salamé – de l’indulgence excessive envers ses invités de gauche à ses silences assourdissants sur les dérapages qui pourraient froisser ses cercles personnels, elle ne risque pas de rectifier le tir en temps réel. Souvent épinglée pour ses questions orientées ou son manque de pugnacité quand l’affaire touche à la sensibilité macroniste ou socialiste, la présentatrice incarne un journalisme de cour qui privilégie le spectacle au fact-checking rigoureux.



Dans ce cas précis, laisser passer une telle insulte sans interruption n’a fait qu’amplifier le scandale, laissant les téléspectateurs bouche bée et les associations en colère. Si Salamé vise à booster les chances électorales de Glucksmann en 2027, elle ferait bien de se rappeler que la crédibilité journalistique n’est pas un accessoire jetable.

Vers un gouvernement plus inclusif ?

Le gouvernement Lecornu II, déjà sous le feu des critiques pour son instabilité, doit transformer cette crise en opportunité. Au-delà des mots, il s’agit de mesures : renforcer le dialogue social tant vanté par Farandou à la SNCF, et surtout, intégrer la voix des associations dans les décisions.
Les gens parlent souvent de ce qu’ils ignorent, et les autistes – comme les sourds ou tout handicap – en ont assez d’être relégués au rang d’anecdote. Si Lecornu veut « donner un budget au pays » sans le diviser, qu’il commence par écouter vraiment : pas avec des métaphores blessantes, mais avec des actes.
Et vous, qu’en pensez-vous ?

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